04 février 2008

Allô Maman, Bobo?

Les périodes de campagne électorale amenant leur flot de commentaires plus ou moins désobligeants, je ne puis rester plus longtemps à l’écart de ce débat, je dois le dire, de très haut-niveau.

Alors, la campagne doit-elle se faire avec, pour ou sans les « Bobos » ?

J’écoutais l’autre jour le sémillant candidat du Front National dans notre belle capitale : au milieu d’un laïus d’extrême droite convenu, les « bobos » étaient conspués et accusés de tous les maux de Paris. Mais la critique n’est pas l’apanage d’un extrême ou d’un autre sur l’échiquier politique. Les partis les plus représentés à l’Assemblée Nationale, ceux-là même pour lesquels votent très probablement quelques « bobos » usent et abusent de ce (gros) mot.

Qui ne se souvient pas de la célèbre phrase du très progressiste député du XVIème, Claude Goasguen, au lendemain de la défaite de la droite à Paris en 2001 : « Allô Paris, Bobo ? »

Qui ne se souvient pas des sorties tonitruantes de certains élus du Parti Socialiste, dont le très avant-gardiste Jean-Luc Mélenchon, sur l’inconstance et le consumérisme des bobos ?

Les « bobos » sont accusés de tous les vices de notre société.

La gauche est passée ? « C’est de la faute aux bobos ».

La droite a remporté ces élections ? « Salaud de bobos ! »

François Bayrou fait 18,5 % aux dernières présidentielles ? « Ca, c’est encore un coup des bobos ! »

On pourrait penser que seules la qualité de l’offre, la diversité des opinions ou des identités et les spécificités de la vie quotidienne, dans un lieu et un temps précis, font les vainqueurs et les vaincus d’une élection.

Las ! Quoiqu’on en dise, les « bobos », ces clones désincarnés, on sait toujours pour qui ils ont voté.

Les « bonnes gens » (les autres) ne sont pas en reste : « Moi je n’aime pas les bobos ! », « ce que je déteste le plus au monde, ce sont les bobos ! », « Ca, c’est pour donner bonne conscience aux bobos ! »…

Mais au fond, Monsieur le politicien (ou Madame la politicienne), c’est quoi un bobo ?

Et toi, le quidam se réclamant du monde ouvrier, de la bonne bourgeoisie, grande ou petite, ou du salariat, ne t’es-tu jamais donné bonne conscience, n’es-tu pas toi-même, pardon...un peu « bobo » ?

J’ai relu la définition de « bobo » (contraction de « bourgeois-bohème » ) et les limites sociologiques de cette catégorie de personnes me paraissent toujours aussi floues. Voyez plutôt.

1)      Le bobo vit  confortablement . Ca va de où à où « confortablement » ? Au dessus du SMIC et en dessous du seuil d’assujettissement à l’ISF ? Dites donc, ça en fait du monde ! Ce ne serait pas à quelques centaines d’€ près la fameuse classe « moyenne » ?

2)      Le bobo vote à gauche. Finalement, il n’y a pas tant de bobos que ça, alors… ;-)

3)      Le bobo est soucieux de l’écologie et du développement durable. Mais qui ne l’est pas ? Qui ne trie pas ses déchets et ne prend pas garde à l’alimentation de ses enfants ?Qui ne cherche pas aujourd’hui à économiser l’énergie et respecter l’environnement ? Qui, à part quelques inconscients roulant encore en 4x4 ou quelques ambitieux préférant le profit au bien commun ?(c’est un peu caricatural, mais j’assume)

4)      Le bobo exerce une profession artistique et intellectuelle : je connais des soi-disant bobos qui sont chefs de chantier. Chef de chantier, c’est probablement un métier passionnant, mais intellectuel, je n’irai pas jusque là…

5)      Le bobo s’engage auprès d’associations (pour se donner bonne conscience). D’abord je défend le droit des classes moyennes à vivre en toute quiétude leur individualisme et leur égoïsme. Ensuite, celui qui s’engage dans un combat politique ou social (RESF, WWF, Amnesty International, Emmaüs et d’autres encore) donne de son temps toujours, de son argent parfois, de son humanisme bien souvent. Ca fait beaucoup quand même, pour se donner bonne conscience ?

6)      Le bobo est parisien et souffre de parisianisme. Compte-tenu du développement fulgurant des AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) et des Monoprix en province, je persiste à penser que les bobos ont largement débordé les frontières du périph’. De plus, à moins d’être  totalement dépourvu d’amour-propre, on est plutôt heureux et fier de vivre à Paris quand on l’a choisi, comme on est heureux et fier de tout plaquer pour partir vivre à la campagne. Non ?

Pour ma part, je suis parisienne et heureuse de l’être, je gagne correctement ma vie, j’exerce une profession « intellectuelle » (hum, bref…), j’aime bien faire des courses au Monop’ ou chez « mon » boucher, « mon » poissonnier, « mon » boulanger (le sens de la propriété est très développé chez nos bourgeois-bohème, paraît-il) et je m’extasie pendant des heures devant un cageot de carottes en provenance directe de Rungis.

Je suis parfois d’une futilité navrante et parfois d’une opiniâtreté à toute épreuve.

Je me pense de gauche mais d’autres m’auraient plutôt vue à droite.

Je suis une citoyenne, une contribuable, une consommatrice, un être humain et à ce titre, je mérite de ne pas être résumée à un mot craché désobligeamment par nos édiles.

Comme beaucoup de gens, je fais partie de cette immense classe moyenne, comme beaucoup, je ne me situe pas toujours très bien socialement parlant et j’aimerais, plutôt que de montrer du doigt ceux qui n’ont pas voté pour eux, que les élus (à Paris, notre bonne vieille droite chiraco-tibériste) s’autorisent un œil critique sur leurs programmes.

PS : mon billet de bonne année était incroyablement déprimant j’en conviens. En ces temps de bataille politique, je suis incapable de faire preuve d’un quelconque objectivité. Toutefois j’ai relevé un point positif pour cette nouvelle année : je vais pouvoir m’abonner à Voici, « dans le cadre de mon travail ».

Posté par elizadoolittle à 15:02 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Allô Maman, Bobo?

    hihi

    j'aime bien ces débats sur les bobos: bobo or not bobo?

    ps: les monop en province ça fait lontemps que ça existe!
    pps: tu as été taguée

    Posté par mariel75, 14 février 2008 à 15:55 | | Répondre
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