14 décembre 2007

Le Mépris

Curieux sentiment que celui de mépris... Peut-être le plus difficile à maîtriser, et si présent chez chacun d'entre nous.

Petite, j' ai souvent fait l'objet de mépris, ce sentiment qui vous met plus bas que terre et qui vous laisse un goût amer pour le reste de la journée. Le regard que les enfants se portent entre eux est d'une cruauté terrifiante mais il n'en sont pas totalement responsables. Confinés dans un modèle social et familial, comment peuvent-il appréhender celui qui diffère tant d'eux autrement qu'avec méfiance, voire un certain dégoût? Bien propre sur moi, toujours (trop) bien habillée et élève studieuse, je n'avais malheureusement pas un cadre familial assez "sécurisant" semble-t-il pour être conviée chez mes camarades de classes par leurs parents. N'être ni jeune fille de bonne famille, ni jeune délurée maquillée comme un camion volé - ce qui aurait fait de moi une fréquentation idéale pour mettre de l'animation dans les goûters d'anniversaires- ne faisait pas mes affaires mais comme on m'a appris à tendre l'autre joue quoiqu'il arrive, j'ai toujours affiché un sourire de façade, un "c'est pas grave" de rigueur, espérant devenir autre chose qu'une -allons n'ayons pas peur des mots- "bonne poire".

Depuis je n'ai jamais pu cesser de penser qu'il y avait là un mépris "de classe", moi qui, du fait de cette situation familiale fragile, était toujours quelques échelons trop bas sur cette échelle sociale. J'ai beau me raisonner, j'ai toujours au fond de moi ce sentiment d'infériorité par rapport à ceux qui ont pu faire leur scolarité dans un climat apaisé, ceux qui ont pu participer à des échanges avec des correspondants étrangers, ceux qui ont grandi dans un environnement sécurisé et confortable, sans peur de devoir tout recommencer ailleurs ou avec d'autres.

Et puis le temps passant, j'ai laissé la résignation pour la révolte -très mesurée, au demeurant- et j'ai gagné en assurance, continuant mon petit bonhomme de chemin.

Du mépris j'en éprouve de temps en temps, bien malgré moi, pas pour les gens, mais pour certains de leurs actes, de leur choix, ce qui me permet de croire que celui que je conspue aujourd'hui, peut-être l'aimerai-je demain. Et donc à ce titre, je n'ai que dédain pour les telespectateurs du 13 heures de TF1 (ce qui ne signifie pas que France 2 serait de meilleure qualité), je méprise le "yakafautkon", le "tous pourris", les filles qui se sous-estiment au point de faire dépasser leur string de leur jean, la pingrerie, etc.

Et puis l'autre jour, dans un grand magasin parisien, après avoir déambulé dans les rayons et admiré ce qui m'est désormais accessible, j'ai été ramenée assez brutalement à mes souvenirs douloureux de gamine. M'apprêtant à déjeuner, je m'approche discrètement d'une table placée sous la lumière, dont les occupantes, de belles dames aux silhouettes élégantes, habillées de manteaux parfaitement coupés et entourées d'enfants très beaux eux aussi, blonds et cintrés dans des manteaux anglais, s'apprêtent à partir. Peut-être me suis à ce moment là approchée un peu trop près de la table, perdue dans la contemplation de ces enfants si lisses et si délicats, mais l'une des mamans s'est exclamée "Non mais je rêve!", me toisant de la tête au pieds, inspectant mes vieilles converses, mon manteau qui bouloche un peu, ma stature massive, mon visage sans maquillage et mes cheveux en bataille. Son regard était plein de dédain pour mon attitude maladroite et ma dégaine approximative, semblant me dire "espèce d'arriviste, n'est pas chic qui veut!".

Pendant quelques minutes, je me suis sentie misérable et décalée. Comme avant.

Du coup ça fait trois jours que je fais profil bas...

Posté par elizadoolittle à 16:55 - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Le Mépris

    Toi tu penses que pour faire dépasser son string de son pantalon, il faut se sous-estimer. Moi je pense que pour lancer une telle remarque, afficher à ce point qu'on ne se base que sur les apparences pour juger qui est digne de manger "ici" ou pas, et *mépriser* les sentiments de la personne qu'on toise, il faut avoir une piètre estime de soi-même et être bien peu en harmonie avec soi et ses frères humains.

    Redresse-toi HG...euh, Eliza, tu n'as aucune raison d'endosser la honte de cette personne. Laisse-la lui, elle lui appartient.

    Une bise
    Koa

    Posté par Koa, 14 décembre 2007 à 17:24 | | Répondre
  • gasp ma fille a un manteau anglais !
    Tu n'as à avoir honte de rien, et faire profil bas pourquoi?
    Nous sommes tous le plouc de quelqu'un, mais heureusement la VRAIE valeur de l'individu va au delà des apparences...et d'un manteau anglais...
    Un gros poutou!!

    Posté par Loop, 14 décembre 2007 à 22:04 | | Répondre
  • :-)

    non non je n'ai rien contre les manteaux anglais! au contraire...C'est plus une reminiscence, une madeleine de Proust au goût amer!
    Koa, c'est "koa" ce pseudo?

    Posté par holly, 15 décembre 2007 à 20:42 | | Répondre
  • très joli récit mais si emprunt de tristesse .
    Le regard des autres ... piouf .. vraiment il faut se persuader de la richesse de chacun et essayer de redresser la tête face à un dédain qui ne mérite pas attention .
    L' Homme est souvent méchant , triste constat mais reste l 'espoir que chacun puisse s' améliorer!

    Posté par croixdeprovence, 05 janvier 2008 à 14:26 | | Répondre
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